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    Playstation divorce du gameur africain dès 2028

    Il y a déjà un mois que Playstation a annoncé ne plus proposer de copies physiques de ses jeux à partir de janvier 2028. Sans surprise, l’annonce a fait l’effet d’une explosion dans les communautés de gameurs. Mais, comme toujours, les avis ne sont pas unanimes. Certains considèrent que c’est l’évolution inévitable de l’écosystème du jeu-vidéo. D’autres sont révoltés par la dématérialisation totale et la fragilisation des droits des consommateurs. À ce jour, tout semble indiquer que SONY ne changera pas de cap.

    En Afrique et dans les pays en voie de développement cependant, les voix contestatrices se font beaucoup plus entendre. Une contestation massive qui contraste certainement avec la taille relative de ces marchés pour Playstation. En Afrique tout particulièrement, le produit physique et le marché secondaire auxquels Playstation s’attaque sont les piliers de l’écosystème du jeu-vidéo. Et malgré les avancées considérables des infrastructures Internet, les joueurs ne se font pas d’illusions quant aux conséquences que la décision de SONY pourrait avoir sur eux.

    L’Afrique, la donnée invisible du marché Playstation ?

    Les analystes et chercheurs s’accordent à dire que les pays en voie de développement sont un marché prometteur pour l’industrie du jeu-vidéo. Ceci dit, la promesse est encore très loin d’être réalisée. Et aujourd’hui, comme par le passé, l’Afrique brille par son absence en matière d’investissements vidéoludiques.

    Ce que dit la data sur le marché africain pour Playstation

    Les données sont sans équivoque : les pays en voie de développement ne représentent qu’une part négligeable du marché des jeux-vidéo. Pour SONY et la Playstation, l’Afrique ne génère pas suffisamment de revenus pour justifier des investissements majeurs. C’est une conclusion à laquelle la majorité des acteurs de l’industrie sont arrivés. La seule grande exception sont les acteurs de l’industrie du jeu mobile.

    En mars 2026, la PS5 s’était déjà vendue à plus de 95 millions d’unités d’après les données de SONY. Mais, il suffit de chercher les données des ventes par région pour être confronté à une évidence. Les ventes sont cataloguées dans une vingtaine de pays tout au plus.

    Sur le papier, hormis l’Afrique du Sud, y a-t-il vraiment une région qui enregistre un nombre considérable de ventes sur le continent africain ? Les données semblent conclure que non. Mais la réalité est toute autre.

    La réalité du marché africain invisible de Playstation

    Lors du lancement initial de la Playstation, les gameurs africains choisissent des emplacements qui leur permettront de valider leur compte PSN et d’accéder à certains des services proposés par SONY.

    Au Bénin par exemple, la majorité des consoles sont configurées avec des adresses en France. Et par ailleurs, la plupart de ces consoles sont également achetées en France ou ailleurs en Union Européenne. On ne doute pas un instant qu’elles viennent gonfler les chiffres rapportés dans diverses régions après chaque exercice.

    On n’ira pas prétendre qu’il y a des millions de consoles PS5 au Bénin. Après tout, c’est encore un produit de luxe compte tenu du coût de la vie. Pourtant, les consoles SONY sont presque toujours présentes chez les gameurs. Et ce, qu’il s’agisse du Nigeria, du Togo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire ou de tout autre pays du continent. C’est une réalité qui échappe à l’analyse rigide des chiffres des ventes.

    Playstation, la console de l’Afrique ?

    L’ubiquité de SONY sur le continent africain peut s’expliquer par mille et un facteurs. On pourrait l’expliquer par l’accessibilité des consoles et le format choisi pour les jeux. Tout comme on pourrait dire que l’adoption a été propulsée par le marché secondaire. Quoi qu’il en soit, il y a une réelle loyauté vis-à-vis de la marque SONY Playstation et la console est devenue un symbole de statut pour les gameurs.

    Playstation : une loyauté de marque héritée

    Au Bénin comme dans la plupart des pays du continent, la guerre des consoles a pris fin à l’instant où les jeux ISS Pro Evolution et Winning Eleven ont débarqué sur PS1 dans les salles de jeu. Dès lors, SEGA et Nintendo n’étaient que les « autres consoles » pour les gameurs africains.

    Ces gameurs ont grandi avec les différentes versions de la Playstation et ont développé leur catalogue et leurs préférences au fil des ans. Mais, ce qui n’a pas changé, c’est le support sur lequel ils jouent.

    Aujourd’hui, ces gameurs sont entrés dans la vie active et ont, pour la plupart, transmis cette même loyauté à une nouvelle génération d’amis de quartier, de petits frères et sœurs, de cousins et d’enfants.

    SONY Playstation est devenu synonyme de console de jeu. Playstation est devenu un verbe et un symbole reconnaissable partout et par quiconque.

    Playstation : symbole de statut et expériences partagées

    Il y a une claire différence entre les gameurs africains qui peuvent s’offrir une console et ceux qui ne le peuvent pas. Celui qui a la console est presque toujours le chef de file. Et encore, il fallait que cette console soit une Playstation. On ne visitait le détenteur de la Nintendo 64 que lorsque le propriétaire de la Playstation n’était pas disponible.

    Aujourd’hui, cette distinction est moins prononcée parce que tous les jeux se ressemblent visuellement et que les exclusivités disparaissent progressivement. Mais, l’attachement sentimental et le jugement de valeur sont encore bien présents.

    Avoir la dernière XBOX ou Nintendo, ce n’est pas la même chose que d’avoir la dernière Playstation. Les uns sont juste riches, les autres sont de « vrais gameurs ». Telle est la perception qui gouverne encore l’univers des gameurs au Bénin. Et sans doute, dans de nombreux autres pays d’Afrique.

    Le gameur africain : joueur en dépit de tout

    On aurait tendance à croire que cette loyauté inflexible vis-à-vis de Playstation serait motivée par des avantages concrets. Mais si avantages il y a, ils ne procèdent pas de la bonne volonté de SONY. Au contraire, le gameur africain est surfacturé, limité et souvent tenu en marge des opportunités qu’on les gameurs sous d’autres cieux.

    Contenus et opportunités verrouillées par région

    L’économie numérique et la mondialisation ont permis d’inonder les marchés du monde entier de contenus variés. Mais, les joueurs africains sont nombreux à connaître la célèbre mention : « Ce contenu n’est pas disponible dans votre région ».

    Pour les pays du continent, apparaître dans le formulaire de configuration initiale de la Playstation, ne signifie pas toujours que tous les contenus sont disponibles. Certains médias et contenus additionnels ne sont pas proposés aux joueurs. Pour la plupart des jeux, les verrous régionaux étaient une chose du passé sur PS5. Mais d’après certaines actus récentes, il semblerait que GTA 6 pourrait ressusciter la pratique odieuse.

    Mais, même lorsqu’ils peuvent acheter les jeux qui les intéressent, les joueurs africains ont souvent une expérience limitée. Serveurs trop distants, inscriptions aux circuits compétitifs en ligne refusées, ou simplement le coût trop élevé des contenus proposés. C’est d’ailleurs l’un des obstacles qui a fait naître l’association Afrigamers.

    Surfacturés, limités et abandonnés partout sur le continent africain

    La tarification régionale est un concept relativement nouveau. Des plateformes comme Steam et certains éditeurs de jeux-vidéo l’ont déjà adoptée. Sur la boutique Playstation ce n’est pas encore le cas, mais d’après certaines sources, la marque de SONY pourrait bientôt implémenter cette tarification régionale adaptive. Ceci ne signifie pas que les jeux coûteront toujours moins cher. Après tout, la marque est connue pour l’inverse.

    Pour les joueurs africains, ceci impliquerait d’abord que les régions soient reconnues dans le Store Playstation. Ce qui n’est pas le cas pour le Bénin, par exemple. En attendant, les joueurs sont contraints de dépenser un SMIC et plus pour s’offrir les tous derniers jeux.

    Une grosse dépense qui ne donne généralement pas droit aux protections de consommateurs typiques. Un retour, un compte piraté, des accès perdus ou des bugs quelconques ? Il est virtuellement impossible de contacter le service client et d’avoir gain de cause. Et pour cause, les comptes sont enregistrés ailleurs que dans la région dans laquelle la console est utilisée. La prédilection des gameurs africains pour les versions physiques des jeux-vidéo provient en partie, de cette réalité.

    Les jeux physiques, les précieuses reliques du présent

    Dans un monde où les consoles et les jeux coûtent autant, les gameurs africains préfèrent avoir des jeux qui ne sont pas perdus lorsqu’un compte est corrompu ou que les console grille. Ils préfèrent avoir un produit physique qui conserve une partie de sa valeur sur le marché secondaire. Sans oublier que pour la majorité des gameurs, les jeux arrivent dans les valises des proches qui rentrent de voyage.

    Photo by Denise Jans on Unsplash

    Le marché secondaire de Playstation en Afrique

    Il est moins absurde de dépenser plusieurs mois de salaire dans un jeu-vidéo lorsqu’on peut le revendre après l’avoir terminé. Exception faite des jeux de simulation sportive comme EA Sports FC, NBA2K ou des jeux de tir comme Call of Duty, la majorité des jeux d’aventure est destinée au marché secondaire local.

    C’est encore plus vrai pour les gameurs qui n’ont pas encore rejoint la vie active et qui doivent gérer leur budget gaming avec soin. Mais aussi, c’est l’existence de ces marchés secondaires dans l’univers du jeu-vidéo en Afrique qui a propulsé l’adoption des consoles Playstation. Acheter une console ou un jeu qui ne peut pas être réabsorbé par ce marché secondaire revient à accepter un coût sans possibilité d’amortissement.

    Des expériences partagées et une véritable tradition de gameurs

    Une autre raison pour la prévalence des jeux physiques sur le continent est la tradition des retours de voyage. Les gameurs sont nombreux à avoir demandé une console ou un jeu à un proche qui rentre d’un voyage en Europe, aux États-Unis ou ailleurs.

    Que ce soit à l’occasion d’un anniversaire, de Noël, en récompense pour les résultats scolaires ou à toute autre occasion, de nombreux gameurs africains s’y reconnaîtront.

    Certes, Playstation pourrait continuer à proposer des pochettes avec des codes de téléchargement en guise de « copies physiques ». Mais ces produits sont des licences qui ne pourront pas servir sur le marché secondaire. De plus, les licences achetées dans certaines régions ont des dates de péremption ou sont verrouillées selon les régions. C’est un canal d’acquisition qui se ferme pour les gameurs africains.

    SONY Playstation abandonne les jeux physiques : la rupture irréconciliable pour les gameurs africains ?

    En conclusion, la décision de SONY d’abandonner le format physique est un coup dur pour les gameurs du continent. La réalité locale est que les consoles des générations antérieures et les jeux d’occasion font vivre le gaming au Bénin. Et c’est aussi le cas ailleurs dans le monde en voie de développement. Les salles de jeu, les gameurs, les clubs et même les associations dépendent encore de cet écosystème qui ne change pas au gré des mises à jour et des humeurs du constructeur.

    Une console de jeu a toujours été un investissement considérable sur le continent africain. Mais, cet investissement était quelque peu amorti grâce au marché secondaire porté par les copies physiques des jeux-vidéo. Dans un tel scénario, la dépendance sur la connexion Internet, les contenus verrouillés par région, l’absence de support client et de serveurs deviennent des inconvénients insurmontables.

    Si la décision de SONY est maintenue, et tout semble indiquer que ce sera le cas, les gameurs africains passeront certainement à un autre écosystème. Les plus nantis passeront certainement au PC qui coûte autant, mais qui permet plus facilement de contourner les obstacles. Les autres s’en remettront certainement aux anciennes consoles et à d’autres solutions de contournement illicites.

    Une chose est certaine, le gameur invétéré fan de Playstation qui vit sur le continent africain est clairement affecté par cette mesure. Et les soit-disant avantages qui justifieraient la dématérialisation complète sont généralement hors de portée pour ce joueur.